La performance peut-elle être zen ?

Nous n’hésitons pas à vous faire partager cet excellent article des Echos sur la pleine conscience en entreprise. Ni pansement, ni nouvelle méthode de management : invitation à ETRE, dans l’écoute et la bienveillance. Résultat : une EFFICACITE renforcée d’une grande SERENITE. Ca vaut la peine de creuser la question non ?

Des cycles de méditation font irruption dans un nombre croissant d’entreprises. Mais ils ne doivent pas être un cache-misère évitant de régler les dysfonctionnements.

Les-commerciaux-heureux-travail--FLorsque, il y a quelque temps, Arianna Huffington, cofondatrice du journal du même nom, s’effondre de fatigue au bureau, elle prend subitement conscience que le succès ne se résume pas à ses deux mesures traditionnelles : l’argent et le pouvoir. D’une expérience banale, cette éditorialiste influente tire un best-seller (*) dans lequel elle défend l’épanouissement (« thrive ») comme troisième mesure de la réussite, passant par la capacité à voir clair et à vivre pleinement dans l’instant. Inspirée de la méditation en pleine conscience (« mindfulness »), « Thrive » consacre la « zen performance » dans le monde de l’entreprise. Etrange intrusion ! La méditation ancestrale est un voyage intérieur pour devenir un être humain meilleur, en harmonie avec le monde. Plus laïque, elle reste une démarche individuelle et intime, que certains managers pratiquent d’ailleurs pour leur plus grand profit. Mais faire de la méditation un voyage collectif dans l’entreprise relève du tour de force. Nouveau coup de canif dans l’éthique et le respect de la frontière entre sphères privée et professionnelle ? Ou progrès fécond du management ?

Des cycles de « mindfulness » de groupe font irruption partout : dans l’emblématique Silicon Valley (Apple, Google, Twitter…), dans des entreprises industrielles (Procter & Gamble, Ford Motor, Novo Nordisk, L’Oréal, EDF, etc.). Même la très conservatrice Banque d’Angleterre y succombe. Les plus hardis quantifient les résultats : en 2012, l’assureur Aetna annonce une réduction de 7 % des coûts médicaux et un gain de productivité de 69 minutes par jour et par employé. Le « Zen master » Thich Nhat Hanh, conseil inattendu de patrons de multinationale, confirme l’effet transformateur de la méditation sur l’entreprise et ses performances : les managers qui s’y ressourcent progressent dans l’écoute, la bienveillance et la clairvoyance. Les cadres exténués goûtent aux « bienfaits économiques » de la pleine conscience : présence, efficacité, baisse de conflit, de stress ou d’absentéisme, meilleur esprit d’équipe, leadership éclairé. Sans aucun doute, un pont est jeté entre sagesse et business, à l’initiative de Matthieu Ricard, Christophe André ou Sébastien Henry, nouveaux maîtres à penser du grand public, devenus gourous des décideurs.

En France, le coût du stress est évalué à 1,6 milliard d’euros par an. Il frappe quatre salariés sur dix. Aux Etats-Unis, c’est bien plus. Il n’y a qu’un pas pour que la pleine conscience devienne l’eldorado de la lutte contre les risques psychosociaux. Avec plus de 1 million d’utilisateurs, l’application de méditation Headspace pourrait prétendre à une introduction en Bourse. Le dérapage mercantile n’est pas loin. La pleine conscience, pratique galvaudée et instrumentalisée par l’entreprise deviendrait un cache-misère à la mode, lui permettant d’échapper au nécessaire travail d’autocritique et de réparation de ses propres dysfonctionnements. Dans un monde dématérialisé, où la pression tous azimuts fragilise les salariés, les mécanismes toxiques sont pourtant légion. Et la tentation naturelle semble d’aider les collaborateurs à supporter l’insupportable, plutôt que d’y mettre fin.

L’écoute profonde, l’extrême attention et le respect de l’autre sont des atouts pour améliorer la qualité du travail et la coopération. Mais ces séances de méditation collectives au bureau sèment le trouble tant que l’entreprise n’est pas prête à aller au bout de ce grand saut novateur. Une « mindfulness revolution » authentique consisterait à assumer pleinement sa responsabilité sociétale et à agir pour faire advenir des pratiques meilleures. S’il s’agit vraiment des prémices d’un regard critique et innovant sur notre modèle économique de croissance continue, sur notre consommation et nos comportements, alors oui, cette nouvelle frontière mérite d’être explorée. Mais seulement à cette condition.

Laurence Borde et Nathalie Dupuis-Hepner, sont membres des CompanyDoctors, réseau de consultants en entreprise

L’article dans son contenu original se trouve ici.

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