Que retenir du vendredi 13 novembre ? Que nous sommes humains.

bienveillanceCe nous avons vu ce vendredi 13 décembre dépasse l’entendement. La première qualité d’un leader est sans doute de prendre la juste distance, de rester à l’écoute de son équipe et de garder le cap. Mais comment faire lorsque tout se bouleverse et que, parfois, l’événement nous envoie le signal que « ce ne sera plus comme avant » ?

J’ai noté quelques exemples de courage et d’humanité pour vous, de la part de héros anonymes ou moins, qui nous amènent à nous poser en tant qu’Homme.

Une restauratrice a fait monter dans son appartement 20 clients et leur a sauvé la vie…
Les recueillements et la dignité des manifestations, les silences, les bougies posées sur des milliers de balcons…

Les mots simples de personnes de la rue, d’enfants émus, de vérité…

La mobilisation spontanée des écoutants, en particulier des enseignants et instructeurs en méditation, des psychologues qui ont ouverts leur téléphone 24/24 gracieusement, des écoutants de bénévoles d’associations comme SOS Amitié, qui se relaient 24/24…

La publication quasi-immédiate de la part thérapeutes et aidants pour expliquer comment parler des événements, en particulier aux enfants, des dizaines de documents pédagogiques sur le web…

L’infini courage des personnes qui ont secouru, services d’urgence. Tous des héros…

L’infini courage des anonymes, comme cette sage femme qui est restée au Bataclan jusque 3 heures du matin pour prodiguer les premiers secours aux blessés, eux mêmes sauvés par un vigile qui a su garder son calme…

Dignité de la minute de silence partout à l’extérieur comme dans les entreprises.

Le drapeau français, notre drapeau, sur les plus grands monuments du monde, comme à Sydney, Rome, et ailleurs…

Entendons par ces actions les messages d’amour, de compassion et de dignité que chacun d’entre nous porte profondément en lui. Ceux-ci nous amènent à nous questionner sur notre propre capacité d’être à l’écoute ou simplement d’être humain.

A titre personnel, j’ai été comme beaucoup bouleversé, atteint au coeur.  Beaucoup d’entre vous ont été bouleversés, d’une manière qui dépasse même souvent ce que nous pouvons comprendre.

 

En ce temps troublé, le silence est pour le moment un allié. Ne rien dire et garder le silence. Puis dans ce silence, forme ultime de la dignité, apporter une aide.

Certains ont ou vont, comme ils le peuvent et avec les moyens qu’ils ont (la connaissance, l’expertise, la force physique et mentale…) aider, dans les conditions qui sont les leurs en ce moment. D’autres vont méditer pour la paix. D’autres partir au combat. D’autres ne rien faire, ne rien dire et garder tout pour eux.

Ce qui apparait important est de rester humble et agir à son niveau, sans vouloir prendre pour soi toute la douleur de tous ni de vouloir changer le monde. Accueillir les ressentis de ses collègues et rester à l’écoute. Simplement agir avec ses moyens, à son échelle, auprès des personnes qui autour de soi en ont besoin. C’est tout et c’est déjà énorme… et porte intrinsèquement les graines de la bienveillance au quotidien.

J’ai proposé plusieurs méditations, en ligne puis des méditations ouvertes dans un premier temps à ceux qui participent aux séances du programme « Mindfulness », puis d’autres ouvertes à tous. Ces séances, gratuites et sans aucune condition d’accès, offrent un espace de partage et d’expression libre des ressentis et des émotions. Un moment de paix, de tranquillité pour accueillir ses émotions, les digérer, faire le tri et poser une intention de paix et de bienveillance. Un peu de douceur retrouvée dans la tourmente.

S’ouvrir à la douleur, vouloir l’alléger nous apaise. C’est ainsi que cela se passe : en ouvrant notre cœur, en laissant la bienveillance jaillir, nous trouvons un sens de paix. Cette paix ne met pas à distance la douleur, elle ne s’en détourne pas, elle ne s’y oppose pas, mais elle sait l’apaiser et la guérir. Elle la guérit précisément parce qu’elle sait l’accueillir. En soi, pour soi d’abord. Cette mise à distance permet ensuite de mieux écouter, sans posture autre que celle d’un Homme avec un autre Homme.

Reprenons simplement les voeux formés dans la méditation de l’amour bienveillant : puissent tous être en sécurité, en bonne santé, connaître le bonheur et le bien être. Puissent tous êtres en paix. Pourquoi n’aurions pas le droit de nous souhaiter cela, dans son travail, dans sa fonction de leader et de manager ?

Voilà le sens profond de mon travail avec vous. De mon partage. De la pleine conscience. Ce qui vient de se passer me renforce dans ce que je fais, dans ma pratique, dans mon partage avec vous.

« Entrevoir la lumière dans la fissure ».

J’y trouve une forme de réassurance et de confiance supplémentaire en l’Homme et en la vie : cela montre que nous avons en nous des capacités et des énergies positives, bienveillantes et fermes, dans l’émotion comme dans la détermination. Nous sommes capables de nous réunir et d’agir ensemble. Cette belle énergie dont chacun dispose au service d’un objectif collectif.

Nous avons la capacité à poursuivre ce chemin de revenir à soi, au fond de soi et de notre nature d’amour. De confiance.

Continuons, comme cette restauratrice, ce voisin, ce vigile, ces manifestants silencieux, ces écoutants, ces enseignants et instructeurs en méditation, ces psychologues, ces bénévoles, ces thérapeutes et aidants, ces personnes qui ont secouru, ces anonymes, cette sage femme…

Puisons en eux et en nous la force de continuer de semer ces graines.

Ne cédons pas à l’envie de vengeance. Restons à l’écoute des messages avec discernement. Soyons acteurs de solidarité « pour ».

Puissions nous semer la paix, l’amour et la confiance. Nous sommes vivants de tout notre être.

Stéphane Nau