7 clés du management par Thierry Marx, manager méditant.

thierry marx meditationOui, les managers qui méditent ont beaucoup de choses à dire sur les transformations que la pratique opèrent en eux, à la fois dans leur vie au sens large et dans leur façon de manager en particulier.

Plus inspiré, plus ouvert, plus créatif, accueillant mieux les événements, plus en relation, plus bienveillant… et plus efficace. Les méditants que nous remontrons dans nos programmes en témoignent :  c’est une école de vie formidable, qui révèle et renforce les plus belles capacités que nous avons en nous, cachées sous des couches de postures, d’expériences et de préjugés.

decideurs meditent s'engagent sebastien henryThierry Marx, cité dans l’excellent livre de Sébastien Henry « Ces décideurs qui méditent et s’engagent » avec qui j’ai le plaisir de lancer en mars à Lille le Cycle « Méditation et Leadership », nous fait part de 7 « ingrédients » qui pour lui, sont déterminants dans le management. Observez combien l’homme est le coeur de cette réflexion et combien la pratique de la méditation peut faire bouger les lignes…
Cet article est paru dans l’Entreprise-L’Express.

Eviter que l’ambiance tourne au vinaigre, faire prendre la mayonnaise… Le chef étoilé du Mandarin Oriental à Paris, Thierry Marx, dévoile les recettes qui lui ont permis de mener et de maintenir ses brigades à un haut niveau d’excellence.

Le manager a le personnel qu’il mérite. Il doit se dire qu’il a les meilleurs autour de lui, et non rabaisser ses coéquipiers. C’est son rôle de les aider à s’épanouir, de les élever et de leur extirper leurs envies, leurs ambitions professionnelles. Il doit suivre ce que chacun réalise, revenir sur l’ouvrage, donner du sens, sortir le collaborateur de sa zone de confort. Tout en restant, au quotidien, dans la vérité de soi. C’est un fait: les violences en cuisine ont fait couler beaucoup d’encre. Dans un entretien à l’AFP, Thierry Marx mettait l’accent sur la nécessaire formation managériale des chefs. Il revient ici sur les principaux leviers de la performance et du succès dans ses entreprises.

1. Faire naitre le désir

Interroger ses collaborateurs sur leur projet est essentiel pour les faire progresser. Sinon, ils arrêtent de regarder l’horizon et ne peuvent pas être dans l’excellence. Avec mes commis, je fais un point chaque mois, sur comment ils se voient dans un an, dans deux ans. Ceci crée du lien, de la confiance. Sans cela, il n’y a pas de résultats, et sans résultats, pas de projet. Je leur dis, « tu sais ce que tu veux, montre ce que tu vaux! » La reconnaissance est aussi dans l’évolution, la rémunération suivra. La hiérarchie doit inciter à faire naitre le désir. Et ne pas laisser un collaborateur sombrer, sous prétexte qu’il est un ancien et qu’il connait bien la maison. Par ailleurs le n°1 doit former le prochain n°1, afin que ce manager, puisse continuer à s’épanouir.

2. Garder une posture impeccable

Etre calme, se tenir droit, porter des tabliers et des chaussures propres… Au Japon, on veille à ce que le col de chemise adhère au cou, c’est un signe de respect. A proscrire aussi, les familiarités. Etre chef n’est pas un grade, mais une posture. Dans mes équipes, je n’utilise pas de diminutif mais le prénom. Quand le manager est interpellé par un « comment ça va? « , il doit s’interdire de répondre « comme un lundi ! ». Et au contraire, arriver avec un « bonjour », qui est un moyen de considérer l’autre. L’exemple est la seule preuve de l’autorité. C’est votre équipe, tout le monde doit porter les mêmes envies, les mêmes valeurs. Vous ne pouvez pas vous en dissocier.

3. Effectuer des retours d’expérience

Dans mon entreprise, l’erreur est vue comme une opportunité. Avec deux axes : comment résoudre le problème pour que le client ne s’en aperçoive pas ? Que fait-on pour que ça ne se reproduise pas ? Il ne s’agit pas de créer de la peur, de l’anxiété. Celui qui a loupé n’est peut-être pas au bon poste, au bon moment, au bon endroit. Il faut lui enseigner à maîtriser le geste, le feu, le temps, pour obtenir le coup juste, la cuisson juste, le goût juste. Chez nous, il y a des cahiers de recettes… et des cahiers d’essais.

4. Adopter le mode RER

Ce sigle signifie rigueur, engagement, régularité. Dans tous mes restaurants, on établit un temps de travail confortable, pour éviter l’hyper stress dans la production. On formalise les choses en amont sur une liste de mise en place, avec un timing. On élimine ainsi les querelles mesquines qui fabriquent des ondes négatives. Le chef anime deux réunions : une avant chaque service pour savoir qui a besoin d’aide, une après pour débriefer. Tout s’apprend. César Ritz, qui a monté son premier hôtel près de Lausanne, recrutait son personnel dans les fermes environnantes. Ils disait « je fais des gentlemen au service de gentlemen ». La perfection du service!

5. Ne jamais reculer

Au sabre, quand on recule, l’autre vous coupe la tête. Dans un autre registre, regardez la libellule. Elle ne fait jamais marche arrière, mais contourne les obstacles et poursuit sa route. Quand on a un rêve, un projet en tête, il faut persévérer, se dire « C’est quoi l’étape d’après ? » et réfléchir au chemin pour y parvenir. Vous pensez que vous n’êtes pas assez payé? Celui qui se raconte cela, est relativement trop payé car il en fait le minimum. Inspirez-vous du général royaliste Henri de La Rochejacquelein qui, durant les guerres de Vendée de 1793, déclarait à son armée de paysans. « Si j’avance, suivez-moi ; si je recule, tuez-moi ; si je meurs vengez-moi! ».

6. S’attarder sur le « pourquoi »

Souvent, les jeunes cuisiniers ont appris le « comment », de façon formatée. Du coup, ils m’expliquent la manière d’élaborer un fond de veau selon Auguste Escoffier « on prend des os de veau, on les fait rissoler… ». Moi, je sais qu’il n’a pas écrit cela mais a spécifié de  » prendre un quasi de veau sur de l’os… » Ils n’ont pas compris, l’os c’est du calcaire, ça ne donne rien. On le cuisine parce que c’est moins cher. Ce critère économique n’est pas recevable. Il s’agit de donner du sens aux choses en s’appuyant sur des faits.

7. Répéter, accompagner

Une échalote mal ciselée, c’est une sauce indigeste. Chez Taillevent, où j’étais commis, le grand chef Claude Deligne me montrait les bons gestes : il opérait, recommençait et y revenait jusqu’à ce que je saisisse la technique précise. Aujourd’hui, deux à trois fois par semaine, je réalise des plats et je suis présent au service. Le manager doit continuer à pratiquer pour conserver la maîtrise du geste, la connaissance du produit et l’intégrité de la passion.