Méditation et sagesse : des pistes managériales concrètes. Contribution de Sébastien Henry

sebastien henry decideur moines management mindfulnessSébastien Henry accompagne des dirigeants soucieux de concilier leur exigence d’excellence et de performance professionnelle avec leur quête de sens et d’engagement. Il médite quotidiennement depuis treize ans et est l’auteur de quatre livres, dont l’excellent « Ces dirigeants qui méditent et s’engagent » dans lequel de grands managers comme Thierry Marx apportent leur témoignage concret.

Il est l’initiateur du programme « Méditation & Leadership« , que Stéphane Nau anime ici à Lille, et proposé dans 9 villes simultanément. Ce programme est une ressource pour les dirigeants qui souhaitent partager des moments de pratique de la mindfulness et échanger sur leurs problématiques entre pairs.

  • Peut-on faire un lien entre sagesse et business ?
  • Quels sont les principaux apports de la mindfulness dans la pratique managériale ?
  • Quelle est l’image de la méditation aujourd’hui chez les managers et les dirigeants ?
  • Ces pratiques gagnent-elles du terrain ?

Interview de Sébastien Henry inspirante  à lire et partager, et éclairage de Stéphane Nau, facilitateur et enseignant en pleine conscience.

Vous suggérez que la méditation est un pont entre sagesse et business. D’où vient le constat que vous dressez ?

Sébastien Henry : La méditation n’est pour moi qu’une pratique de sagesse parmi d’autres. En fait, pour prendre une perspective plus large, c’est tout un héritage de sagesse, transmis depuis des siècles et qui comprend aussi la tradition philosophique léguée par la Grèce antique, dont nous nous sommes coupés dans nos organisations.

C’est devenu pour moi une évidence, après environ vingt ans dans le monde des affaires, où j’ai vu beaucoup de talents et de qualités, mais aussi un grand manque de sens et de souffle, et parfois une vraie souffrance. Au contraire, dans le monde de la sagesse, où la priorité absolue est donnée à l’épanouissement de la personne, j’ai rencontré beaucoup de gens au regard pétillant de joie, profondément heureux.

Un pont est nécessaire pour que le meilleur de ces deux mondes puisse être échangé : l’aptitude à la performance et à l’efficacité du monde des affaires (et plus largement des organisations, privées ou publiques), ainsi que l’art de vivre relié à l’essentiel, qui est cultivé par le monde de la sagesse.

J’ai choisi de me pencher en particulier sur cette pratique de la méditation car, à travers mes treize années de pratique quotidienne, je ne connais pas de procédé qui soit à la fois aussi simple, profond et qui puisse convenir à toutes les sensibilités (parmi les soixante décideurs que j’ai interrogés pour mon livre, il y a des chrétiens, des musulmans, des bouddhistes, des agnostiques et des athées).

Quels sont les principaux apports de la méditation à la pratique managériale ?

SH : La plupart des managers en viennent à cette pratique en raison d’un stress qui devient pesant. Cependant, ils s’aperçoivent vite que les bénéfices, pour eux-mêmes et leurs collaborateurs, vont beaucoup plus loin : ils se sentent plus présents pour eux-mêmes et les autres, plus en empathie envers leurs collaborateurs (et leur famille), davantage capables de percevoir les « signaux faibles », mais aussi plus créatifs et en mesure de prendre des décisions justes, plus rapidement.

Un style de leadership plus collaboratif est adopté et l’envie grandit d’apporter une contribution positive plus forte à son organisation.

Enfin, à mesure que la pratique permet d’avancer sur ce qui pourrait être décrit comme un chemin, ce sont aussi parfois les priorités qui changent : l’ego est repositionné à sa juste place, un style de leadership plus collaboratif est adopté et l’envie grandit d’apporter une contribution positive plus forte à son organisation et plus généralement à la société.

Je connais bien moins la fonction publique que le monde des affaires, mais mes échanges fréquents avec mon frère, qui est DGS adjoint dans une mairie, m’ont amené à penser que ce cheminement peut être tout aussi riche pour des managers de la fonction publique. Les sources de pression ne sont pas toujours les mêmes, mais elles existent avec la même intensité et l’enjeu qui consiste à déployer la belle partie de soi-même en tant que manager est, je pense, très similaire.

N’y a-t-il pas des clichés ou une perception à modifier s’agissant de l’image de la méditation aujourd’hui ?

SH : Oui, malheureusement, pour certains la méditation reste perçue comme une pratique qui indique une faiblesse chez un manager, qui rime avec complexité et abstraction ou qui est d’essence religieuse, donc malvenue dans une organisation, publique et privée. Mais ces perceptions sont en train de changer rapidement.

En fait, beaucoup de managers que j’ai rencontrés pour mon livre, qui ont essayé « pour voir », ont très rapidement fait le constat que c’était une pratique simple et concrète, abordable de façon entièrement laïque, qui leur donnait l’impression d’entrer en contact avec la facette la plus belle d’eux-mêmes et de la faire grandir. Comme ce sont souvent des gens pragmatiques, ils ont continué !

Vous avez intégré de nombreux entretiens à votre ouvrage. Ces pratiques gagnent-elles du terrain ?

SH : Oui, c’est même assez impressionnant, notamment aux États-Unis et dans un pays comme le Danemark. Parmi les soixante décideurs que j’ai rencontrés pour le livre, il y a des dirigeants de grands groupes, des managers, mais aussi des patrons de PME, comme ce chef d’une petite entreprise du bâtiment qui m’a beaucoup touché.

Certains managers sont si convaincus de l’apport de cette pratique à leur mission professionnelle qu’ils veulent en favoriser l’accès à leurs collaborateurs.

Certains sont si convaincus de l’apport de cette pratique à leur mission professionnelle qu’ils mettent en place des initiatives pour en favoriser l’accès à leurs collaborateurs, en interne.

Une fois que les conditions essentielles sont posées (approche entièrement laïque, volontariat, implication du top management), comme chez Google ou dans un programme pilote que je suis en train de finaliser avec Sodexo en France, on s’aperçoit que les programmes de formation basés sur la méditation ou la « mindfulness » rencontrent un grand succès.

L’éclairage de Stéphane Nau : too busy to love ? La voix de la sagesse.

Une grande partie de nos qualités de manager, ainsi que la part la plus sage et inspirante de nous-même, sont sans cesse menacées dans l’environnement de travail actuel, avec son flux d’informations quasi continu et la pression qu’il exerce. Qui n’a jamais ressenti à être too busy to love : trop occupé pour prendre vraiment soin de ses collaborateurs, mais aussi de sa famille ?

Dans ce contexte, n’est-il pas essentiel de veiller à préserver la meilleure partie de soi-même, puis à la faire grandir ? l y a en chacun de nous une voix de sagesse, se mettre à son écoute suppose de prendre des temps de recul réguliers, faits par exemple de silence et de solitude qui viennent nous nourrir. Agir et manager en étant ancré dans la sagesse qui nous a été transmise et que nous portons aussi en nous est un vrai défi, qui n’est jamais gagné. C’est aussi un chemin magnifique sur lequel progresser, jour après jour.