Les entreprises humanistes peuvent changer le monde, vu par Jacques Lecomte et Alexandre Jost

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Jacques Lecomte

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Alexandre Jost

Face à la violence de la compétition économique, parler de bonheur, de bienveillance et de solidarité peut sembler naïf, voire utopique. A travers des centaines d’études scientifiques Jacques Lecomte montre qu’au contraire l’humanisme a toute sa place au sein de l’entreprise, y compris dans les plus grosses structures.

Bienveillance, solidarité, bonheur, c’est l’esprit de la pleine conscience.

Il a rencontré et interviewé de nombreux managers d’entreprises numéro un dans leur domaine. Beaucoup d’idées volent en éclats (travaillons-nous vraiment pour l’argent ? Pourquoi la surveillance est-elle contre-productive ? Comment les sanctions détériorent-elles la sécurité ?). Une nouvelle philosophie du management se dessine (leadership serviteur, apaisement des conflits, protection de l’environnement, démarche appréciative, etc.). Et, finalement, c’est toute une réflexion sur la raison d’être des entreprises qui se fait jour…

Les entreprises humanistes peuvent changer le monde.

Invités de l’émission :

  • Jacques Lecomte, psychologue, auteur de « Les entreprises humanistes » ;
  • Alexandre Jost, fondateur de la Fabrique Spinoza, « think tank du bonheur citoyen ».

Pour réécouter directement l’émission :

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Interview de Jacques Lecomte dans le Figaro Santé :

LE FIGARO. – Des termes comme «gentillesse», «compassion» ou «altruisme» sont désormais employés par les médias, dans l’entreprise… Comment expliquez-vous une telle vague?

Jacques LECOMTE. – Les découvertes scientifiques sur les neurones miroirs, les zones cérébrales de la récompense ou les travaux de l’éthologue Franz de Waal sur l’empathie ont remis le focus sur les bons aspects de l’espèce humaine. Ainsi, l’imagerie cérébrale a montré que les zones de la satisfaction s’activent lorsque nous sommes généreux, ou amoureux, alors que les zones cérébrales du dégoût, de l’aversion réagissent quand nous sommes témoins d’injustice. Nous sommes donc plutôt fabriqués pour éprouver du plaisir à la coopération. Mais c’est aussi la révolution numérique, et notamment les usages qu’en fait la génération Y, qui a permis à la culture de l’échange de se développer. Observez comment les étudiants aujourd’hui s’échangent des informations facilement… Ces nouvelles modalités techniques n’ont pas créé de nouvelles fonctions humaines. Celles-ci étaient déjà là, car l’être humain est biologiquement prédisposé à la coopération.

Jean-Jacques Rousseau avait donc raison, lui qui croyait que la nature humaine était fondamentalement bonne…

Il avait en effet perçu que le bébé est capable d’empathie, mais pensait que les liens sociaux aboutissaient forcément à détruire cette qualité originelle. Même les peuples premiers lui semblaient déjà «corrompus», en ce sens, incapables de bonté. Or on sait désormais que, chez les chasseurs-cueilleurs, c’est la paix et le sens du partage qui dominent. Même pendant les périodes de famine, l’entraide s’impose. On a observé que des aborigènes ayant trouvé une baleine échouée sur la plage avaient le réflexe d’alerter les autres peuplades pour qu’elles aussi profitent du festin. Je fais toutefois une distinction essentielle: nous sommes prédisposés pour l’entraide, mais non programmés pour cela. Il y a en l’être humain une potentialité biologique de bonté, mais celle-ci s’exprimera ou non en fonction de l’acquis (la culture, l’environnement…) et des choix que l’individu fait. Nous pouvons donc développer notre capacité d’entraide.

C’est cette aptitude qui fonde la solidarité?

La solidarité renvoie à une sorte de « fraternité laïque » organisée par l’État ou institutionnalisée, alors que la bonté, terme complexe, a trois composantes: émotionnelle (j’éprouve de l’empathie), cognitive (je respecte et considère ces personnes) et active (j’ai un comportement altruiste)… Malheureusement, ces trois composantes ne sont pas toujours réunies.

Et dans l’entreprise, pensez-vous que ces qualités puissent être développées?

L’entraide est fondamentale dans la vie professionnelle. En la cultivant, les employés donnent le «meilleur d’eux-mêmes» alors que, lorsque c’est une culture de compétition qui règne dans les équipes, celle-ci les pousse au «pire d’eux-mêmes». Ainsi, des études dans une entreprise allemande d’informatique ont montré que les employés les plus compétents sont aussi plus coopératifs: ils sont performants et n’ont donc aucun scrupule à partager leurs infos ou transmettre leurs connaissances. Et dans l’autre sens, ceux qui sont de nature coopérative ont une grande facilité à demander de l’aide aux meilleurs, donc leurs compétences s’accroissent. Ainsi, chacun y gagne. Car pour perdurer, il faut s’entraider.

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